Hospitalité et convivialité L’expression d’une civilisation

Hospitalité et convivialité L’expression d’une civilisation

Une antique casbah du Sud du Maroc à proximité du barrage Youssef Bnou Tachefine. Une incursion de citadins dans ce lieu couleur pain d’épices, en dehors du temps. Des femmes drapées dans des haïks bavardent devant une porte. Des enfants joueurs lèchent des sucettes achetées on ne sait où. Un homme sort du groupe et va à la rencontre des visiteurs:

- Marhba! Bienvenue! Rentrez chez nous prendre un verre de thé!

L’invitation aussi spontanée qu’inattendue déroute les touristes. Dans les esprits échaudés par les rumeurs insensées, le mauvais génie de chacun lui fait entrevoir les pires scénarios, aboutissant finalement au refus de l’invitation.

- Ça existe encore un pareil sens de l’hospitalité?
A croire que plus on descend vers le Sud marocain, plus on s’éloigne des villes, plus les règles de l’adab – comprenez un mélange de politesse, d’éthique sociale et de savoir vivre! – deviennent intransigeantes quant au respect dû à l’hôte. Si l’hospitalité n’est pas spécifiquement arabe, il n’en reste pas moins que les fils de Bédouins, les descendants de nomades, les petits-fils des sédentaires des oasis du sud marocain, les disciples des fata (preux chevaliers) n’ont pas oublié qu’un homme d’honneur ne ferme jamais sa porte à un étranger. Cette hospitalité érigée en art de vivre est palpable dans l’architecture et dans la gastronomie, dans l’ameublement et dans les formules de courtoisie …

Hospitalité marocaine envers les visiteurs-voyageurs

Hospitalité marocaine envers les visiteurs-voyageurs

Ainsi la maison marocaine traditionnelle, si elle est aveugle de l’extérieur, laisse entrevoir dès l’entrée, un grand séjour destiné aux visiteurs. Des banquettes bourrées de laine de mouton, ou des nattes en vannerie et des couvertures étalées sur le sol badigeonné à la chaux dans les humbles demeures, sont dépoussiérées chaque matin et parées dans l’éventualité d’une visite.

Là, autour d’une table ronde centrale ou à même le sol commence, après l’offrande du lait et des dattes, le cérémonial de préparation de thé, en public, dans un plateau qui comprend toujours plus de verres que de convives. Une manière de dire qu’il y a toujours de la place pour d’autres visiteurs. Puis une deuxième théière et une troisième défilent tandis que dans la cuisine s’affairent les femmes qui mettent à leur disposition tout ce qui peut honorer leurs invités et par conséquent, l’ensemble de la maisonnée. Si on ne s’empresse plus de laver les pieds des visiteurs-voyageurs, du moins tente-t-on de lui procurer le maximum de bienêtre, en demandant aux femmes de retirer leur djellaba, en chauffant l’eau pour les ablutions, en tournant avec un lave-mains ou un lance-parfum rempli d’eau de fleurs d’oranger.

C’est l’heure du repas. Nulle assiette individuelle, nulle portion chichement découpée. Les mains se tendent vers les plats qui se suivent mais ne se ressemblent pas dans une disposition propice aux échanges et à la conversation. L’invité n’est pas pressé de partir, il sait que trois jours sont tout juste assez, que les hôtes vont le supplier de rester, et puis de toutes façons, un jour ou l’autre, c’est lui qui va devoir les recevoir. L’adage populaire ne dit-il pas que celui qui mange les poulets des autres doit s’empresser d’engraisser les siens!